Amedyaz_amazigh

Solange étrange ange ( dédié à Tourterelle )

19:29, 30/03/2008 .. Posté dans Nouvelles .. 0 commentaire(s) .. Lien Permanent
Solange étrange ange

à Tourterelle

Elle dira sans hésiter pour avoir compris que Solange existe quelque part sur Terre après être déchu,ancien ange de l'Empirée ailé et immortel.Elle dira cetainement que Solange est étrange ca il n'est ni plus ni totalement ange et il n'est pas non plus tout à fait homme.
Ainsi,il ne saura y avoir de fin à l'imagination et à la folie de l'écriture et de la lecture.C'est pouquoi quand j'ai inventé Solange mon ancien et actuel personnage que je chasserai à la fin de cette communion;j'ai tout d'abord pensé à la folie de mes semblables qui consiste à vouloir coûte que coûte donner un sens à l'existence;pire encore au Néant.Solange est donc inexistant ni ici ni ailleurs;d'ailleurs,il est introuvable dans les registres de l'Etat Civil ou dans les annales des religions monothéistes.Solange n'est que prétexte au texte qui est lui -même un prétexte pour approcher cette grande folie humaine qui ne cesse de tenailler certaines tripes à en sortir n'importe quel propos en vue de satisfaire ce besoin nonfondé pourtant de communiquer et de communiquer n'impote quoi.
Elle c'est Tourterelle ma lectrice et ma muse(pardon;non,elle n'est pas ma muse;je retire mon propos) et "je" c'est bien le "je" de l'énonciation qui est moi-même ;mais qui me détrompe
Détrompé,je n'ai plus d'illusions;je redeviens un simple passager éphémère;je ne sais même pas où me mènent mes pas et ce que me cache l'avenir;détrompé,je ne veux plus savoir ni penser;je vis c'est l'essentiel...

Farid


Essai: Iconsistance

21:33, 12/03/2007 .. Posté dans Nouvelles .. 1 commentaire(s) .. Lien Permanent
Inconsistance

A ma soeur France

"Poussières aux poussières. Amen".Tout est éphémère...constat amer; mais, sage. Message reçu. C'est pour cette raison que je n'échangerai pas cet instant si bref et si éternel à la fois qui m'est imparti contre nulle autre richesse du monde. Après moi, je ne souhaite point de déluge à personne;mais, quiétude à mes semblables. Si fragile que soit mon destin d'artisan de rêves et si dure que paraisse ma condition humaine, je ne puis maudire ce passage accidentel sur Terre et parmi les hommes. Je tente donc daredare de m'alléger au maximum pour enfin survoler la Terre, libre comme une plume ou une brindille de paille. Aucun objet ne mérite mon adoration. Je n'ai pas de fétiches non plus qui me soient chers. Aucun être n'est mon émule et je ne garde plus depuis belle lurette de dent pour quiconque...Seuls les mots m’importent vraiment, vocables dont j'assortis un bouquet verveux sentant l'éphémère et émanant de l'inconsistance de l'être. Je tire plein profit du temps que j'essore,savoure,suce,mastique,grignote,dépèce,mâche et remâche en me léchant les babines...secondes juteuses et délicieuses...minutes alléchantes et succulentes...heures suaves et appétissantes...jours tels des marmites fumantes...nuits au bouillon de breuvages célestes...

"L'art est long et le temps est court".Salut à toi ô poète:Charles Baudelaire, tu attises à présent ma hargne et tu piques telle France Renaud ma curiosité de lire et d'écrire. Ayant le coeur à l'ouvrage,je glane les mots dont presque personne ne veut;pauvres vocables abandonnés aux cimetières des compilations,mis à la quarantaine dans les pages jaunâtres des encyclopédies et je m'en régale comme pas un. Car tout est inconsistant, rien n'a de sens. Pourtant, je m'acharne à en donner un à ma vie ici-bas. Le ciel n'est pas bleu ; j'en sais quelque chose moi pour m'y être promené à maintes reprises. Je ne suis pas novice et il ne s'agit donc pas d'un baptême de l'air. J'y vais même présentement. Mes mots en guise d'ailes sans cire aucune si ce n'est un semblant de glu secrétée par mon coeur. Je ne puis en dire davantage. Je ne suis pas non plus Icare car il ne s'agit pas dans mon cas très réel d'un mythe. En sus, je ne suis pas détenu dans des labyrinthes et Dédale n'est pas non plus l'auteur de mes jours. Mon père laboure ses champs et élève caprins et ovins. Je ne perds pas le fil surfin qui me lie encore à mes racines. Ce n'est pas que j'en ai ras-le-bol de vivre; non, loin de moi l'idée d'une quelconque fugue. Je ne fais que m'entraîner en vue de réussir l'ultime vol léger, aussi léger qu'un grain de poussière. A ma descente, je retracerai à qui veuille m'entendre mon itinéraire. Allez savoir qui serait ce bon entendeur!Un rescapé des jougs du TEMPS, un survivant à l'usure. Je projette et me tais illico. Le futur n'existe pas. Il est en train d'être. Je ne puis assumer la véracité de mon témoignage. Je le jure sur la tombe de ma mère. Je continue à planer là-haut. J'y reste...


Farid Mohamed Zalhoud
Amedyaz


Essai: Suis-je le fils d'un Barbare ?

21:32, 12/03/2007 .. Posté dans Nouvelles .. 1 commentaire(s) .. Lien Permanent
Suis-je le fils d'un Barbare?

dédié à mon frère Ali Iken


La nuit est longue et immaculée.L'écriture, quant à elle ,n'est pas du tout innocente.Me tente un sentier vierge qui me surprenne et qui soit sans bout pour ce jusqu-au-boutiste que je suis.Il n'y a plus ici qu'une joute monocorde que pérore un chante face au feu et à l'aire déserte.Disert,il l'est sûrement;mais,paraît-il,les deux tribus en guerre intestine se sont par miracle réconciliées n'ayant plus ni terre ni honneur à défendre.Le dit chantre n'a même plus d'émule à confronter.La tribu des Aïtoufella et celle des Aïtizdar qui s'entretuaient on dirait des chats et des chiens se sont mis en parfait accord avec le Makhzen,cet être fantôche qui sait parfaitement grignoter la côtelette.Le verbe demeure et se meurt car la parole jadis signe de pouvoir,n'est plus qu"aboiements et causeries oiseuses.

En lève-tôt,je range un grimoire,une théière,une poignée de thé vert de Chine,du sucre,un cahier d'écolier,un stylo à bille noir,quelques amandes succulentes grillées au terroir dans mon fourre-tout,mon bâton(celui de l'errance) à la main,ma gourde en gibecière,me chausse et m'en vais sans me retourner.Va! Ma femme Tamazight et ma fille Siman sont dans notre lit douillet.Siman,le seul prénom amazigh vivant au village,s'est réveillée et a entamé son chant matinal:dadada...aghaghagh...vavava...mamama....Elle tire les cheuveux de sa maman pour attirer son attention;mais;Tamazight savoure lézardant les derniers doux moments du sommeil.Si Siman m'aperçoit,elle ne voudra pas me laisser partir.C'est fou ce qu'elle adore que je la soulève et que je la serre contre moi.

J'emprunte une sente ancestrale battue par les piétons et les bêtes.Je dévie illico en sautant sur des galets granitiques comme un bouc.je sens l'armoise,le romarain,le thym,la lavande et autres bonnes odeurs d'herbes dont j'ignore le nom.Mon enfance se présente immédiatement.Désolé d'avoir perdu ce trésor inestimable.J'entends les écureulis grignoter les noix d'argane à l'ombre de la pierraille et les cigales qui entament leurs grésillement stridents sous un soleil qui tape net.A mesure que je gravis le mont caillouteux,je découvre les merveilles de la nature et mes instincts s'aiguisent.j'ai eu une envie insistante d'enlever mes haillons et m'étalet tout nu comme un lombric parmi les siens au sein de la nature.Chose que je me refuse car j'ai peur qu'il y ait un déserteur comme moi dans les parages.

Je prépare mon thé et croque les amandes salées et grillées.j'allume une cigarette'Casasport' et renvoie de ma bouche et mes narine une fumée épaisse.C'est le temps qui passe en vacuité et absurdité.Je laisse passer le temps.Je ne regrette pas les minutes que j'égrène oisivement,l'esprit absent.Soudain,je me dis que je dois écrire à présent car écrire est devenu pour moi un besoin quotidien comme le pain,l'air et l'eau.J'ouvre le grimoire car je ne peux écrire qu'après avoir lu.A ma suprise,je comprends que je suis considéré par les Historiens d'un fils de Barbare.Suis-je le fils d'un Barbare.


Farid Mohammed Zelhou
Amedyaz


Nouvelle: Appartenance secrète

21:30, 12/03/2007 .. Posté dans Nouvelles .. 1 commentaire(s) .. Lien Permanent
Nouvelle: Appartenance secrète


Dédié à France Renaud


Celle qui a légué sa cécité, son mutisme et sa surdité au fils des Météorites et de la Terre, jeunot jonc poussant sous un galet de l’oued Tagrammoute, s’est éteinte sous une 4L conduite par un chauffard myope comme une taupe. C’est vrai qu’après un constat de routine, un petit groupe de villageois d’Aday a enterré Tagnaoute :la servante sourde, aveugle et muette ;mais elle est à jamais vivante dans ma mémoire nécrologique et c’est logique à mes yeux de relater les péripéties de sa vie fauchée par un accident tragique et fatal. Pour deux raisons, ce récit est né sous ma plume. La première est mue par un souci personnel de rendre hommage à la roture, à la lie exploitée et rejetée par la suite comme une olive pressée…classe qui bosse, qui souffre, qui subit sans oser pour différentes raisons crier haro ;et la deuxième raison derrière cette œuvre est d’avouer ouvertement mon appartenance maintenue jusqu’à alors secrète aux morts, à toutes les personnes que j’ai connues, que j’ai aimées et qui, malgré leur disparition à tout jamais, continuent à peupler mon imaginaire comme un défi à la mort inévitable et malheureusement absurde.
Je suis né sous un signe révélateur :hiver plus pluvieux que d’habitude avec des oueds en crue, des maisons écroulées ;mais avec une bonne récolte en orge et surtout en dattes. Faute de date précise, ce devait être en 1959 et ce l’est dans le registre de l’Etat Civil. J’ai connu cette femme-là que l’on surnommait Waâwaâ comme tous les gens de mon village natal. Elle, qui n’avait pas de domicile fixe, allait de maison en maison pour aider les ménagères. Jamais je n’avais peur de cette femme colossale, comme c’était le cas de mes amis d’enfance qui la craignaient à en mourir ,malgré ce qu’on racontait de méchancetés à son encontre. Je la voyais souvent lancer des pierres aux freluquets, pouilleux, teigneux, nu-pieds, rejetons mal élevés du village qui la poursuivaient en criant à tue-tête : « Waâwaâ !Waâwaâ ! »,mot dont personne ne connaissait le sens mais qui rendait la pauvre femme hors d’elle-même. Elle courait maladroite comme un corbeau et grognait car la pauvre n’arrivait à articuler que quelques mots et de surcroît difficiles à interpréter :Iwata (Hé !toi), Akhellal (la tête), Atab atab (sœur aînée sœur aînée),Aroumi (Chrétien) et Asafar (Médicament)…Moi, je n’aimais pas ce jeu-là ;je lui préférais celui qui consistait à détacher un âne et à le poursuivre dans les ruelles du village, question de dilater la rate.
Mon père m’aurait coupé la langue si je m’étais aventuré à lancer des mots grossier à qui que ce soit. Il n’aimait pas que mes frères et moi manquions de respect envers les gens surtout les personnes âgées. Papa détestait et déteste encore la médisance, le vol , le mensonge et l’école buissonnière.
Ma mère aimait beaucoup Tagnaoute. Elle la recevait souvent chez nous comme sa propre sœur. Dès qu’elle pénétrait le seuil de notre maison,elle saisissait la main droite de mère qu’elle baisait tendrement en répétant :Iwata atab atab (Hé !toi sœur aînée).Maman lui offrait du thé à la menthe, du pain et Timkiline (bols pleins de l’huile d’amandes, d’argane, de beurre cuit et de miel).Je me souviens comme si cela datait d’hier du regard confus :mi-triste mi-joyeux que ma mère déposait sur cette pauvre femme affamée qui avalait comme un concasseur tout ce qui se trouvait sous ses yeux plus avides que son estomac. Ma mère, contrairement à ses voisines, n’assignait jamais à Tagnaoute une corvée à exécuter. Elle lui faisait signe de s’en aller après s’être régalée. Avant de continuer sa tournée, elle prenait ma mère par le pan de sa tamelhafte (ample drap noir au liseré rouge ou vert que portent les femmes de Tafraout) et gesticulait mimant une femme qui s’habillait. Ma mère allait lui en chercher une vieille tamelhafte, une paire de rihite (babouches féminines de couleur rouge),un vieux saroual (pantalon ample),un pain de sucre et une poignée de thé vert de Chine. Tagnaoute nous quittait toujours heureuse et revenait souvent rendre-visite à sa sœur aînée, ma mère.
Sans famille, elle était venue à Aday, mon village natal, depuis longtemps. Elle puisait de l’eau du puits pour presque tous les foyers du village. Elle déboisait, labourait, moissonnait, sassait ,cassait les noix d’amandes ou d’argane, moulait, cousait, lavait et faisait des you-you ensorcelants et stridents qu’aucune autres femmes du village ne fut capable d’en faire. C’était une fourmis industrieuse et inlassable.
Une bonne femme lui a offert un Anoual (cuisine à l’extérieur d’une maison) qu’elle a occupé pendant les dernières années de sa vie. Tout le monde savait que la pauvre femme n’était pas pauvre ,puisque les gens lui donnaient de l’argent et dont elle ne dépensait jamais un dirham. Elle avait donc un trésor caché quelque part. Comme elle vieillissait, elle commençait à perdre une à une ses dents. Ce qui poussa un galant vieil escroc et ,ma foi ,un père de famille et bon croyant pratiquant à lui faire des propos flatteurs pour s’emparer de son argent prétextant qu’il allait l’accompagner chez un célèbre dentiste. Un autre piquepoule, non moins croyant et pratiquant ,réussit à son tour à soutirer à Tagnaoute une partie de son trésor en lui faisant croire qu’il l’emmènerait chez un opticien de son imagination pour lui faire faire des lunettes médicales. Le reste de sa petite fortune fut l’aubaine des gosses du village. Le comble des ennuis vint quand le logis de la pauvre femme fut ravagé par un incendie pendant son absence.
N’ayant plus rien :ni santé, ni vue, ni force, ni ouïe ,ni parole ,ni famille ,ni amies, Tagnaoute errait à travers les ruelles du village méconnaissable dans sa tamelhafte en loques, pieds-nus, seule parmi des portes fermées et des cœurs ferrés et impitoyables. Les femmes qui l’avaient connue depuis de longues années ne la regardaient même plus, l’évitaient dans des passages où elle tâtonnait posant ses mains frêles et hésitantes à même les épines de nopal ou voire parfois sur un tas d’inconvenances. Ma mère n’était plus là pour la recevoir. Elle était allée rejoindre ses ancêtres au cimetière. Moi non plus je n’étais plus là. J’étais à 800 km de chez moi à cause de mes études universitaires. Tagnaoute traversait la route sans savoir où elle était ni où elle allait. La route lui fut fatale. On l’enterra à côté de sa sœur aînée. Je leur rends souvent visite le soir. Je les salue à ma façon sans prier quelques fois. Je leur dis que je les rejoindrai, que je parle d’elles, qu’elles sont vivante dans mes poèmes ,dans mes nouvelles, dans mes veines, dans ma mémoire…Je leur dis que je ne les pleure plus car ,pour moi ,elles ne sont pas mortes. Les vrais morts sont les vivants indifférents que la mort effraie du matin au soir et même dans les cauchemars car ceux-ci n’ont plus de rêves.

Farid Mohamed Zalhoud
Amedyaz


Chronique d'Hypoc-Sur-Hart ( Nouvelle )

20:46, 9/03/2007 .. Posté dans Nouvelles .. 0 commentaire(s) .. Lien Permanent
Nouvelle: Chronique d'Hypoc-Sur-Hart



A l'âme de Belaïd Ath Ali










Epuisée, la bougie s’éteint sans préavis et le souvenir attisé par la quête de la tourmente, s’allume aussitôt, tentaculaire telle une pieuvre dont d’avides ventouses friandes de sang chaud et prisé, s’étaient aiguisées et déguisées à leur guise. Le sang ? Qui a osé encore une fois évoquer ce maudit liquide qui liquide ? Sachez que dorénavant, il na y plus de place dans ce monde immonde aux sentiments et dites-vous bien que la pompe à sang, chose pompeuse et trompeuse qu’est le coeur, ça pompe et ça trompe et point à la ligne.
Mieux vaudrait donc se fier à ces putains d’instincts ou à la rigueur se tenir à l’innommable et y vautrer. La bougie, répétons-le, s’éteint dans les ténèbres d’une Afrique ébénique, édénique par moments et ne voilà-t-il pas sur la couverture d’un trop bel album monté pièce par pièce par un vieux con de scout récemment reconverti à l’exotisme ,mille et une misères prises sur mesure, belles et bêtes icônes débordant de la paperasse et savamment assorties dune main on ne peut plus experte ?Quelle perte !Quelle perle est ce visage ridé au regard vidé de la vieille Fatou ,triste tante Targuie ,échappée au jeu Onusien pourvoyeur de riz charançonné et de lait périmé en poudre, prétextes pour résoudre un coup de foudre dont Fatou na rien à foutre ;ce visage,(quel syntagme nominal sujet majestueux voire en ses haillons des civilisations syphilitiques lunatiques !),dicte à l’écrivain solitaire un affreux suicide différé. Fatou tombe en désuétude ainsi que son Afrique sans fric, métaphorique et euphorique. Un ouvrage s’engage sans gages sur l’Amérique chimérique histoire de ressusciter l’Histoire amusante et combien même tragique (côté Indien) des Pilgrim Fathers battant pavillon vers le nouveau Monde en leur May Flower après tant de persécutions par un certain Henri roi d’Angleterre. Une fois chez les Aborigènes qu’ils surnommèrent illico les Peaux Rouges, les Visages Pâles, sobriquet qui sied aux nouveaux venus ,violèrent leur terre aux Indiens qu’ils mirent dans des réserves sans réserve. Le gobocop ça bombe torse et sang et avec lui ses comparses clownesques marionnettes avides de briques verdâtres en petits poulets de flics de la dernière pluie. Pour deux fois rien, un aventurier issu de la lie ferait bien l’Australie. L’Asie relevée aux épices à la sauce piquante, plat d’opium en phase d’euthanasie prétexte pour tant de guerres ; pourtant de trop, serait comme nous le fait savoir le Grand Timonier, une vaine tentative.

Il ne reste plus que l’Europe, la doyenne, la cicatrice, l’hysope, l’ambitieuse taupe. Stop. Ne fait-t-on pas de la bonne soupe dans de vieilles marmites, comme dit Casanova du terroir ?

Ainsi commence la chronique dHypoc-Sur-Hart, village qui se meurt, où l’eau manque, que les habitants moribonds quittent, où les bêtes crèvent. Partout puent des cadavres déchiquetés par les charognards, victimes de fièvre aphteuse, tas de pourriture nauséabonde et écoeurante jonchant le sol gercé des champs. Les sources sont taries et les arbres dénudés. La chaleur est étouffante, asphyxiante, insupportable…Seuls quatre couples ,une sorcière, un fou et trois gosses sont encore en vie au sein de cet enfer indescriptible qu’est Hypoc-Sur-Hart :Mytho Multigens, le veilleur de nuit ;sa femme Fabula, la boulangère ;Rigolo, leur fils ;Auguste Mensonge, le chauffeur de taxi ;son épouse Béatrice, l’institutrice ;leur fille Riotine ;Hubert Peaux, le forgeron ;Aubergine ,la paysanne, Ritro, leur fils ;Félix Cocu, le berger ;sa femme Matuoui , l’orpailleuse ;Félicitée Necropolis ,sage-femme sorcière et Zinzin Lafaux ,le fou du village.

C’est le matin et c’est probablement le dernier lever du soleil ;un soleil impitoyable ,ardemment dévastateur. Le ciel est d’un bleu délavé tirant sur le blanc .Le village, une cinquantaine de petites maisons, semble se morfondre dans un sommeil éternel. Une meute de chiens errants et méconnaissables, regard éteint corps las, est installée à l’entrée du village. Le silence est maître de ce lieu inouï. Seuls les hiboux hululent à tue-tête sur les toits des maisonnettes en bois. Un homme, probablement un étranger, cherche en vain un abri pour échapper aux rayons brûlants du soleil. Les chiens aboient faiblement laissant apparaître leurs crocs affûtés et menaçants sans prendre la peine de se relever. Les voyant collés aux creux qu’ils ont aménagés dans le sol, il continue son bonhomme de chemin suivant une sente qui craque sous ses souliers et s’assoit enfin sur le seuil dune cabane. Le visiteur entend à l’intérieur du logis un bâillement sonore suivi d’un cri semblable au feulement d’un tigre. Quoiqu’il reconnaisse bien qu’il s’agit d’un homme qui se réveille du pied gauche, il sursaute bêtement. La porte s’ouvre. Un jeune homme barbu, cheveux hirsutes, affublé d’un manteau de laine tout en loques, lui tend une main si sale que le visiteur a envie de dégueuler.

Heureusement, la peur lui serre la gorge et le sourire maladroit mais encourageant du villageois le rassure tout de même. Attentif, il prête l’oreille fine au récit de Zinzin le fou : «Je m’appelle Jean-Baptiste Lecomte, fils de Monseigneur Tristan Arthaud ,le premier brave homme à nous lâcher ,ma mère et moi, dans ce maudit trou. Ma pauvre mère qui répondait au nom d’Albertine Pépin s’est tirée une balle dans la tête. Ce fusil est à présent vide et inutile. Ne craignez rien. Il vaut mieux attendre la mort pour lui envoyer plein de glaviots sur sa gueule de merdier. Se suicider, descendre quelqu’un, mener un baroud contre autrui, n’est qu’une affaire de lâches. Je disais donc que nous attendons le retour promis de mon père qui est aussi le Père de tous ici, leur sauveur. Mais moi quon me surnomme Zinzin, je n’ai pas avalé cette pilule du retour. Je suis gai comme mes amis les enfants ; pourtant, au fond de moi se cache un autre homme sage comme une image ». Deux garçons et une fille viennent rejoindre Jean-Baptiste et le visiteur. Ce sont Ritreau, Rigolo et Riotine qui, indifférents et heureux, passent leur temps en compagnie du fou du village. Il est là riant à les voir et les invitant tendrement comme un grand-père au jeu du chameau. Il se met à quatre pattes se marrant de plus belle et les trois gosses, assis sur son dos, sont aux étoiles. C’est le comble du bonheur, remarque le scribe qui, ne sachant plus leur parler, sen va sans qu’ils sen aperçoivent car tellement absorbés par leur occupation.

Il longe un enclos probablement aménagé pour le bétail à présent crevé et remarque la présence dune femme vêtue tout en noir tenant à la main un balai. Il lui souhaite une bonne journée. La femme se lève, le fixe des yeux et se présente quoique le scribe ne lait point invitée : «Moi, je suis Félicitée Necropolis ; mon vrai nom, c’est Giselle Lejuste. Je suis sage-femme et guérisseuse. Tous les mômes d’ici ont vu le jour avec mes soins ; mais, personne ne m’en est reconnaissant. Pour me remercier, les gens dici me traitent de sorcière ; race ingrate ! Je n’ai pourtant jamais voulu de mal à qui que ce soit. Les grigris, les poils de souris orphelines, la cervelle d’hyène ne sont pas de mes manoeuvres douteuses. La solitude et l’exclusion me tuent à petit feu parmi ces petites gens à la fois naïves et impitoyables. Nous n’attendons plus que la mort fatale dans ce foutu bled. Monseigneur Tristan, c’est sûr, ne reviendra plus ; tout ça c’est du mensonge. Je dois m’éclipser impérativement cher monsieur ; l’orpailleuse s’amène ».

Une jeune femme, la trentaine à peine, belle, taille de guêpe, vêtue dune robe ample et rose, chemise et chaussures noires, s’approche dandinant et fredonnant un air lyrique et rustique. Le scribe n’en croit pas ses mirettes. Il se demande ce qu’une beauté pareille vient foutre dans cette fournaise. La frange quelle étale sur son front hautain et noble l’envoûte et le désarçonne, lui qui ne peut s’empêcher de la toiser en salivant on dirait devant un gâteau succulent, l’aborde arborant un sourire éclatant d’envie et de curiosité, d’admiration et de compassion à la fois. La belle femme lui fait part de son récit fabuleux qu’il tente de noter avec célérité et soin : « Permettez-moi de me présenter ! Je m’appelle Matuoui Cocu, l’orpailleuse pour les intimes. Le destin a voulu que je fasse ménage avec un homme qui préfère ses brebis, son chien, sa flûte et le pâturage à sa pauvre épouse. Jamais Félix ne ma adressé une parole tendre ni un compliment. L’enfer a toujours été ma demeure à moi. Mais, la compensation parbleu existe bel et bien. Mon corps, chair faible, n’est plus un secret pour personne ici. Je suis la putain respectueuse, la vraie poule aux oeufs d’or qui dort avec les dragueurs professionnels et les adolescents novices en la matière. Je suis celle qu’on pénètre sans nulle honte, qu’on piétine sans sou, sans tendresse, sans merci ; l’orpailleuse bredouille, vieille douille, dinde cocue. Excusez-moi cher monsieur, mon récit pue l’ordure moite et dégueulasse du métier le plus ancien au monde et sachez que je n’en suis guère fière et que je suis la capitale la plus ancienne de la tristesse comme dit un poète Arabe. A présent, je me casse ; Aubergine nous épie ». Matuoui s’éloigne non sans son clin d’oeil habituel destiné au scribe éberlué.


La paysanne s’amène et s’assoit à même le sol, épuisée mais heureuse de savoir que l’homme est venu prêter l’écoute aux gens malheureuses et qu’il note soigneusement sur son cahier d’écolier tout ce que les femmes et les fous lui racontent. Encouragée par l’écrivain, Aubergine entame son histoire : « Malheur à celui qui veuille changer le monde ! Aubergine est à votre disposition cher monsieur. Il ne reste plus de Miss Hypoc-Sur-Hart des années soixante-dix qu’une silhouette évanescente. Les labours, les travaux pénibles champêtres ont déplumé, pressé, dépiauté une créature jadis douce telle une colombe. J’étais une sylphide, une statuette vivante, une beauté inégalée et je hantais les rêves de tous les jeunes du village. Le sort a voulu me lier à un pigeon, un forgeron sans coeur, une brute qui façonne le fer à sa manière, bourreau et victime, et qui, la nuit venant, se métamorphose en chat ronronnant, renflant, un mort vivant quoi…je serai brève mon brave scribe car d’autres femmes attendent impatiemment leur tour pour venir vous faire part de leur témoignage. Aux épaves, j’appartiens ; j’étais leur lis à la fleur de l’âge, leur belle rose à tous, tous ces insectes qui butinaient et qui crèvent présentement. Maintenant, je suis la lie que tous évitent et que vite ils lâchent. Personne ne vient plus arracher des aubergines de mon potager. Que de goinfres ! Que de boulimiques ! Me voici qui m’apitoie sur leur destin, leur fin de disette, de désolation. Sachez que je n’ai plus de dents pour la boutade. Le seul espoir qui me lie encore à cette vie de chienne, à cette chienne de vie plutôt est les risettes des trois bambins et les cris innocents de Zinzin. J’espère avoir vidé mon sac ; je prends congé de vous car Béatrice attend son tour ».

Béatrice, jeune femme rasant la trentaine, en blouse blanche quelle ne quitte jamais, aux lunettes médicales qui occupent presque la moitié de son visage petit , rond et pâle comme un sou, nez droit, bouche arquée, taille moyenne, poitrine bombée, bassin assez large, jambes en parenthèses avec des mollets trop charnus ,salue l’étranger froidement et sans réfléchir, balance son lot en vrac : « Vous êtes un vaste océan recevant de sales fleuves et moi une chaste veuve sujette à un faste et non séant mari décevant. Vous êtes l’éboueur de nos souffrances et le balayeur de nos outrances et je suis l’acerbe gerbe de verbes sans verve, râleuse, rageuse, fumiste jetant l’anathème et proférant le blasphème…riveuse de clous, rimeuse d’iambes, ortie qui démange, herbe parasite qui dérange, ange et diable à la fois. Vous êtes témoin et martyr, héros de trop dans l’épopée apocalyptique et nous, les femmes et les fous, sommes votre cause perdue d’avance .Si l’encre pouvait par un vocable magique changer notre parabole tragique des aveugles, la paix serait la paix et non pas une colombe poignardée.»

Fabula, la femme qui clôt la chronique dHypoc-Sur-Hart, pages noircies par un étranger avec l’encre de son coeur, prend la parole : « Ici, les hommes ne parlent pas ; ils grognent, bouffent, font des mômes, jouent aux cartes et se cassent la pipe sans histoires. Nous les femmes, les oies qui se disputent la parole, nous jacassons ensemble sans pouvoir en finir. Causer, n’est-ce pas monsieur ? Cà fait du bien comme écrire. Quand on n’attend plus rien au monde, quand on réalise que l’on se répète, la vie, même riche, même heureuse, même longue, n’est qu’un châtiment absurde. Parler est donc le seul acte expert substitut de l’inexprimable. »

La femme s’éloigne. Le visiteur ferme les guillemets sur l’inexprimable, vocable qui résonne en son être tel un écho. Il émiette son cahier et en froisse des bouts de papier qu’il lance au ciel de poisse en s’éloignant, les yeux fixés sur l’horizon crépusculaire.



Farid Mohamed Zalhoud



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