Amedyaz_amazigh

Chronique d'Hypoc-Sur-Hart ( Nouvelle )

20:46, 9/03/2007 .. Posté dans Nouvelles .. 0 commentaire(s) .. Lien Permanent
Nouvelle: Chronique d'Hypoc-Sur-Hart



A l'âme de Belaïd Ath Ali










Epuisée, la bougie s’éteint sans préavis et le souvenir attisé par la quête de la tourmente, s’allume aussitôt, tentaculaire telle une pieuvre dont d’avides ventouses friandes de sang chaud et prisé, s’étaient aiguisées et déguisées à leur guise. Le sang ? Qui a osé encore une fois évoquer ce maudit liquide qui liquide ? Sachez que dorénavant, il na y plus de place dans ce monde immonde aux sentiments et dites-vous bien que la pompe à sang, chose pompeuse et trompeuse qu’est le coeur, ça pompe et ça trompe et point à la ligne.
Mieux vaudrait donc se fier à ces putains d’instincts ou à la rigueur se tenir à l’innommable et y vautrer. La bougie, répétons-le, s’éteint dans les ténèbres d’une Afrique ébénique, édénique par moments et ne voilà-t-il pas sur la couverture d’un trop bel album monté pièce par pièce par un vieux con de scout récemment reconverti à l’exotisme ,mille et une misères prises sur mesure, belles et bêtes icônes débordant de la paperasse et savamment assorties dune main on ne peut plus experte ?Quelle perte !Quelle perle est ce visage ridé au regard vidé de la vieille Fatou ,triste tante Targuie ,échappée au jeu Onusien pourvoyeur de riz charançonné et de lait périmé en poudre, prétextes pour résoudre un coup de foudre dont Fatou na rien à foutre ;ce visage,(quel syntagme nominal sujet majestueux voire en ses haillons des civilisations syphilitiques lunatiques !),dicte à l’écrivain solitaire un affreux suicide différé. Fatou tombe en désuétude ainsi que son Afrique sans fric, métaphorique et euphorique. Un ouvrage s’engage sans gages sur l’Amérique chimérique histoire de ressusciter l’Histoire amusante et combien même tragique (côté Indien) des Pilgrim Fathers battant pavillon vers le nouveau Monde en leur May Flower après tant de persécutions par un certain Henri roi d’Angleterre. Une fois chez les Aborigènes qu’ils surnommèrent illico les Peaux Rouges, les Visages Pâles, sobriquet qui sied aux nouveaux venus ,violèrent leur terre aux Indiens qu’ils mirent dans des réserves sans réserve. Le gobocop ça bombe torse et sang et avec lui ses comparses clownesques marionnettes avides de briques verdâtres en petits poulets de flics de la dernière pluie. Pour deux fois rien, un aventurier issu de la lie ferait bien l’Australie. L’Asie relevée aux épices à la sauce piquante, plat d’opium en phase d’euthanasie prétexte pour tant de guerres ; pourtant de trop, serait comme nous le fait savoir le Grand Timonier, une vaine tentative.

Il ne reste plus que l’Europe, la doyenne, la cicatrice, l’hysope, l’ambitieuse taupe. Stop. Ne fait-t-on pas de la bonne soupe dans de vieilles marmites, comme dit Casanova du terroir ?

Ainsi commence la chronique dHypoc-Sur-Hart, village qui se meurt, où l’eau manque, que les habitants moribonds quittent, où les bêtes crèvent. Partout puent des cadavres déchiquetés par les charognards, victimes de fièvre aphteuse, tas de pourriture nauséabonde et écoeurante jonchant le sol gercé des champs. Les sources sont taries et les arbres dénudés. La chaleur est étouffante, asphyxiante, insupportable…Seuls quatre couples ,une sorcière, un fou et trois gosses sont encore en vie au sein de cet enfer indescriptible qu’est Hypoc-Sur-Hart :Mytho Multigens, le veilleur de nuit ;sa femme Fabula, la boulangère ;Rigolo, leur fils ;Auguste Mensonge, le chauffeur de taxi ;son épouse Béatrice, l’institutrice ;leur fille Riotine ;Hubert Peaux, le forgeron ;Aubergine ,la paysanne, Ritro, leur fils ;Félix Cocu, le berger ;sa femme Matuoui , l’orpailleuse ;Félicitée Necropolis ,sage-femme sorcière et Zinzin Lafaux ,le fou du village.

C’est le matin et c’est probablement le dernier lever du soleil ;un soleil impitoyable ,ardemment dévastateur. Le ciel est d’un bleu délavé tirant sur le blanc .Le village, une cinquantaine de petites maisons, semble se morfondre dans un sommeil éternel. Une meute de chiens errants et méconnaissables, regard éteint corps las, est installée à l’entrée du village. Le silence est maître de ce lieu inouï. Seuls les hiboux hululent à tue-tête sur les toits des maisonnettes en bois. Un homme, probablement un étranger, cherche en vain un abri pour échapper aux rayons brûlants du soleil. Les chiens aboient faiblement laissant apparaître leurs crocs affûtés et menaçants sans prendre la peine de se relever. Les voyant collés aux creux qu’ils ont aménagés dans le sol, il continue son bonhomme de chemin suivant une sente qui craque sous ses souliers et s’assoit enfin sur le seuil dune cabane. Le visiteur entend à l’intérieur du logis un bâillement sonore suivi d’un cri semblable au feulement d’un tigre. Quoiqu’il reconnaisse bien qu’il s’agit d’un homme qui se réveille du pied gauche, il sursaute bêtement. La porte s’ouvre. Un jeune homme barbu, cheveux hirsutes, affublé d’un manteau de laine tout en loques, lui tend une main si sale que le visiteur a envie de dégueuler.

Heureusement, la peur lui serre la gorge et le sourire maladroit mais encourageant du villageois le rassure tout de même. Attentif, il prête l’oreille fine au récit de Zinzin le fou : «Je m’appelle Jean-Baptiste Lecomte, fils de Monseigneur Tristan Arthaud ,le premier brave homme à nous lâcher ,ma mère et moi, dans ce maudit trou. Ma pauvre mère qui répondait au nom d’Albertine Pépin s’est tirée une balle dans la tête. Ce fusil est à présent vide et inutile. Ne craignez rien. Il vaut mieux attendre la mort pour lui envoyer plein de glaviots sur sa gueule de merdier. Se suicider, descendre quelqu’un, mener un baroud contre autrui, n’est qu’une affaire de lâches. Je disais donc que nous attendons le retour promis de mon père qui est aussi le Père de tous ici, leur sauveur. Mais moi quon me surnomme Zinzin, je n’ai pas avalé cette pilule du retour. Je suis gai comme mes amis les enfants ; pourtant, au fond de moi se cache un autre homme sage comme une image ». Deux garçons et une fille viennent rejoindre Jean-Baptiste et le visiteur. Ce sont Ritreau, Rigolo et Riotine qui, indifférents et heureux, passent leur temps en compagnie du fou du village. Il est là riant à les voir et les invitant tendrement comme un grand-père au jeu du chameau. Il se met à quatre pattes se marrant de plus belle et les trois gosses, assis sur son dos, sont aux étoiles. C’est le comble du bonheur, remarque le scribe qui, ne sachant plus leur parler, sen va sans qu’ils sen aperçoivent car tellement absorbés par leur occupation.

Il longe un enclos probablement aménagé pour le bétail à présent crevé et remarque la présence dune femme vêtue tout en noir tenant à la main un balai. Il lui souhaite une bonne journée. La femme se lève, le fixe des yeux et se présente quoique le scribe ne lait point invitée : «Moi, je suis Félicitée Necropolis ; mon vrai nom, c’est Giselle Lejuste. Je suis sage-femme et guérisseuse. Tous les mômes d’ici ont vu le jour avec mes soins ; mais, personne ne m’en est reconnaissant. Pour me remercier, les gens dici me traitent de sorcière ; race ingrate ! Je n’ai pourtant jamais voulu de mal à qui que ce soit. Les grigris, les poils de souris orphelines, la cervelle d’hyène ne sont pas de mes manoeuvres douteuses. La solitude et l’exclusion me tuent à petit feu parmi ces petites gens à la fois naïves et impitoyables. Nous n’attendons plus que la mort fatale dans ce foutu bled. Monseigneur Tristan, c’est sûr, ne reviendra plus ; tout ça c’est du mensonge. Je dois m’éclipser impérativement cher monsieur ; l’orpailleuse s’amène ».

Une jeune femme, la trentaine à peine, belle, taille de guêpe, vêtue dune robe ample et rose, chemise et chaussures noires, s’approche dandinant et fredonnant un air lyrique et rustique. Le scribe n’en croit pas ses mirettes. Il se demande ce qu’une beauté pareille vient foutre dans cette fournaise. La frange quelle étale sur son front hautain et noble l’envoûte et le désarçonne, lui qui ne peut s’empêcher de la toiser en salivant on dirait devant un gâteau succulent, l’aborde arborant un sourire éclatant d’envie et de curiosité, d’admiration et de compassion à la fois. La belle femme lui fait part de son récit fabuleux qu’il tente de noter avec célérité et soin : « Permettez-moi de me présenter ! Je m’appelle Matuoui Cocu, l’orpailleuse pour les intimes. Le destin a voulu que je fasse ménage avec un homme qui préfère ses brebis, son chien, sa flûte et le pâturage à sa pauvre épouse. Jamais Félix ne ma adressé une parole tendre ni un compliment. L’enfer a toujours été ma demeure à moi. Mais, la compensation parbleu existe bel et bien. Mon corps, chair faible, n’est plus un secret pour personne ici. Je suis la putain respectueuse, la vraie poule aux oeufs d’or qui dort avec les dragueurs professionnels et les adolescents novices en la matière. Je suis celle qu’on pénètre sans nulle honte, qu’on piétine sans sou, sans tendresse, sans merci ; l’orpailleuse bredouille, vieille douille, dinde cocue. Excusez-moi cher monsieur, mon récit pue l’ordure moite et dégueulasse du métier le plus ancien au monde et sachez que je n’en suis guère fière et que je suis la capitale la plus ancienne de la tristesse comme dit un poète Arabe. A présent, je me casse ; Aubergine nous épie ». Matuoui s’éloigne non sans son clin d’oeil habituel destiné au scribe éberlué.


La paysanne s’amène et s’assoit à même le sol, épuisée mais heureuse de savoir que l’homme est venu prêter l’écoute aux gens malheureuses et qu’il note soigneusement sur son cahier d’écolier tout ce que les femmes et les fous lui racontent. Encouragée par l’écrivain, Aubergine entame son histoire : « Malheur à celui qui veuille changer le monde ! Aubergine est à votre disposition cher monsieur. Il ne reste plus de Miss Hypoc-Sur-Hart des années soixante-dix qu’une silhouette évanescente. Les labours, les travaux pénibles champêtres ont déplumé, pressé, dépiauté une créature jadis douce telle une colombe. J’étais une sylphide, une statuette vivante, une beauté inégalée et je hantais les rêves de tous les jeunes du village. Le sort a voulu me lier à un pigeon, un forgeron sans coeur, une brute qui façonne le fer à sa manière, bourreau et victime, et qui, la nuit venant, se métamorphose en chat ronronnant, renflant, un mort vivant quoi…je serai brève mon brave scribe car d’autres femmes attendent impatiemment leur tour pour venir vous faire part de leur témoignage. Aux épaves, j’appartiens ; j’étais leur lis à la fleur de l’âge, leur belle rose à tous, tous ces insectes qui butinaient et qui crèvent présentement. Maintenant, je suis la lie que tous évitent et que vite ils lâchent. Personne ne vient plus arracher des aubergines de mon potager. Que de goinfres ! Que de boulimiques ! Me voici qui m’apitoie sur leur destin, leur fin de disette, de désolation. Sachez que je n’ai plus de dents pour la boutade. Le seul espoir qui me lie encore à cette vie de chienne, à cette chienne de vie plutôt est les risettes des trois bambins et les cris innocents de Zinzin. J’espère avoir vidé mon sac ; je prends congé de vous car Béatrice attend son tour ».

Béatrice, jeune femme rasant la trentaine, en blouse blanche quelle ne quitte jamais, aux lunettes médicales qui occupent presque la moitié de son visage petit , rond et pâle comme un sou, nez droit, bouche arquée, taille moyenne, poitrine bombée, bassin assez large, jambes en parenthèses avec des mollets trop charnus ,salue l’étranger froidement et sans réfléchir, balance son lot en vrac : « Vous êtes un vaste océan recevant de sales fleuves et moi une chaste veuve sujette à un faste et non séant mari décevant. Vous êtes l’éboueur de nos souffrances et le balayeur de nos outrances et je suis l’acerbe gerbe de verbes sans verve, râleuse, rageuse, fumiste jetant l’anathème et proférant le blasphème…riveuse de clous, rimeuse d’iambes, ortie qui démange, herbe parasite qui dérange, ange et diable à la fois. Vous êtes témoin et martyr, héros de trop dans l’épopée apocalyptique et nous, les femmes et les fous, sommes votre cause perdue d’avance .Si l’encre pouvait par un vocable magique changer notre parabole tragique des aveugles, la paix serait la paix et non pas une colombe poignardée.»

Fabula, la femme qui clôt la chronique dHypoc-Sur-Hart, pages noircies par un étranger avec l’encre de son coeur, prend la parole : « Ici, les hommes ne parlent pas ; ils grognent, bouffent, font des mômes, jouent aux cartes et se cassent la pipe sans histoires. Nous les femmes, les oies qui se disputent la parole, nous jacassons ensemble sans pouvoir en finir. Causer, n’est-ce pas monsieur ? Cà fait du bien comme écrire. Quand on n’attend plus rien au monde, quand on réalise que l’on se répète, la vie, même riche, même heureuse, même longue, n’est qu’un châtiment absurde. Parler est donc le seul acte expert substitut de l’inexprimable. »

La femme s’éloigne. Le visiteur ferme les guillemets sur l’inexprimable, vocable qui résonne en son être tel un écho. Il émiette son cahier et en froisse des bouts de papier qu’il lance au ciel de poisse en s’éloignant, les yeux fixés sur l’horizon crépusculaire.



Farid Mohamed Zalhoud




{ Page Précédente } { Page 403 à 406 } { Page Suivante }

Qui suis-je?

Accueil
Mon Profil
Archives
Amis
Mon Album Photo

Liens


Catégories

Mes peintures
Mon album
Mes sculptures
Ma galerie
Mes poèmes
Nouvelles
Poème de Renée Douceur

Articles Récents

Ma mère la montagnarde ( Dédié à Adaoui Hanafi )
La barque du soleil ( Dédié à Mohamed Oussous )
Parole castrée ( dédié à Mohamed Oussous )
Destin d'une mouche ( Dédié à mon fils Yuba )
Debout,je me tiens ( Dédié à Hassan Laâguir )

Amis

midofa
douceur