|
Espace poésie : L'agonie de l'arganier
(Dédié à mon frère le poète amazigh Farid Zalhoud)
Chaque soir que crée la vie Avant qu'il ne fasse complètement nuit Quand le soleil, épuisé Prend congé, un peu pressé D'aller se délasser De l'autre côté de la galaxie Seul en compagnie de ma mélancolie Je sors me dégourdir les jambes Purifier mon esprit ?gayer mon cœur Laver mon âme Des immondices des hommes Lors de ma randonnée vespérale Je promène ma solitude dans les futaies Je visite la forêt enchantée Dans la rivière sacrée Je fais mes ablutions du soir Purification, catharsis obligatoires Je dénis les éléments de la vie L'esprit serein, l'âme en paix Le cœur quiet, le corps léger En parfaite symbiose avec le ciel et la terre Pèlerin, j'escalade la montagne fière Je rends visite à mon ami l'arganier Un arganier solitaire Un vieil arbre millénaire Aux origines mystérieuses Moi, je sais C'est un extraterrestre Il me l'a dit! Mais toute vérité n'est pas bonne à dire Qui croirait ses dires? Cela n'est pas notre affaire! Notre amitié m'honore Il est toute tendresse Il est toute sagesse Il connaît tous les maux des êtres Toutes les douleurs de la terre Chaque fois que je vais le voir Je le prie de me raconter des histoires En dépit de sa peine Prenant appui sur sa canne Il conte Je m'adosse à son tronc Et je bois ses mots sagement Comme un enfant! Il me conte l'histoire de mes grands-pères Il me révèle les secrets et les mystères Qui n'existent dans aucun dictionnaire Il me raconte des histoires extraordinaires Parfois moroses ou sanguinaires Parfois nostalgiques ou légendaires Il me parle de la paix et de la guerre De la haine et de l'amour Des hommes! Depuis la nuit des temps Mon ami l'arganier est vivant Il a vu des choses horribles Des atrocités indescriptibles Il a tellement souffert Et il demeure! Il demeure bon et généreux Clément et miséricordieux Comme cette terre bénie où il est enraciné Cette terre nourricière qui l'a allaité Mais il lui arrive de pleurer Il pleure souvent ces derniers temps Je lui exprime ma compassion En lui caressant le tronc Tendrement! Je vois ses branches épineuses trembler d'émoi Je vois ses fleurs assoiffées mourir d'effroi Je vois ses fruits sacrés perdre la foi Il devient nu et osseux Brûlé et cramoisi Il est malade Dans un état critique Un état comateux! A cause de la folie des hommes Ils le coupent, ils le déchirent Ils l'égorgent, ils l'étranglent Ils le brisent, ils le mutilent Ils le déracinent, ils le brûlent Ils l'éventrent, ils l'écartèlent Il souffre et saigne en silence Son sang n'a pas d'odeur Son sang n'a pas de couleur Mais il résiste, il lutte Il milite, la tête haute! Seule la pluie peut le réanimer Lui rendre ses branches fleuries Lui rendre ses fruits sacrés Lui rendre son sourire vert Lui rendre la vie Mais elle tarde à venir Et mon arganier se meurt! Que puis-je faire?
Mostafa Houmir Agadir, le 3 Mai 2009
13/5/2009 |